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Rencontre avec Didier Daeninckx et Bruno Doucey

Publié le par Les amis du Chant de la terre

6 OCTOBRE 2015 AU CINE102

20h30 à PONT-ST-ESPRIT

Ils présentent les deux premiers ouvrages qui ouvrent une nouvelle collection aux éditions Bruno Doucey, Sur le fil.

 

LA COLLECTION SUR LE FIL 

Une collection de romans où le destin d’un poète croise la grande Histoire  / Parce qu’à chaque moment important de notre Histoire, les poètes étaient là / Parce qu’à chaque moment important de la vie d’un poète, l’Histoire est là / Parce qu’habiter le monde en poète permet d’en rendre compte de manière foudroyante.

Une collection dirigée par Murielle Szac, romancière, directrice de la collection Ceux qui ont dit non (Actes Sud junior) et de la collection Poés’idéal (Éditions Bruno Doucey)

"Caché dans la maison des fous" Didier Daeninckx

Lorsque le poète-résistant Paul Éluard s’abrite en clandestin au cœur d’un asile psychiatrique. Un roman où Didier Daeninckx nous conduit aux sources de l’art brut. Quand la parole des fous garantit celle des poètes face à la barbarie.

L’HISTOIRE 

1943, asile de fous de Saint-Alban en Lozère. Deux psychiatres organisent la résistance à l’embrigadement des fous et à leur négation. L’un, Tosquelles, a fui l’Espagne franquiste ; l’autre, Bonnafé, communiste, est un ami des surréalistes. Ils cachent les résistants blessés de la région. Ils y accueillent une jeune fille juive résistante, Denise Glaser, en même temps que le poète Paul Éluard et sa compagne Nusch. Éluard y passe huit mois, avec cette double menace de l’enfermement des êtres et de l’enfermement du monde dans la barbarie, cette double résistance à la normalité et à la folie. Dans cet hôpital, où l’on favorise le surgissement de ce que l’on nommera plus tard l’art brut, le poète-résistant découvre, sous le regard fasciné de Denise, comment la parole des « fous » garantit la parole des poètes. Une plongée vertigineuse à laquelle nous convie Didier Daeninckx.

L’AUTEUR 

Didier Daeninckx est l’auteur de plus d’une soixantaine d’ouvrages, et de scénarios de films. Depuis Meurtres pour Mémoire (1984), où l’intrigue policière faisait découvrir l’épisode tragique des Algériens jetés à la Seine par la police française en 1961, il n’a eu de cesse de faire revivre des épisodes oubliés de notre histoire sous forme romanesque, que ce soit le sort des métis sous le nazisme ou la vérité sur les résistants de l’Affiche rouge. Son dernier ouvrage paru, Retour à Béziers, (Verdier, 2014) revient sur le basculement de cette ancienne capitale du Midi rouge aux mains du Front National. 

EXTRAIT

« Elle s’était levée au moment où l’ambulance Ford manoeuvrait pour se garer sur la place, le faisceau des phares balayant la façade de grès. Elle était montée sur un banc pour apercevoir le médecin et le photographe qui se dirigeaient vers l’arrière du véhicule, leurs pas imprimés dans le tapis blanc qui déjà recouvrait le gravier. Une jeune femme en était sortie la première, le visage encadré par une épaisse chevelure noire, enveloppée dans une ample cape, puis un homme vêtu d’un pardessus croisé, les traits obscurcis par l’ombre portée de son chapeau, était apparu. Il s’était légèrement incliné pour allumer une cigarette, et la flamme vacillante avait éclairé un regard curieux, presque inquiet, celui que l’on promène sur ces endroits inconnus où l’on arrive sans les avoir choisis. »

LE MOT DE L’ÉDITRICE

Paul Éluard sortira très marqué par son séjour au coeur d’un hôpital psychiatrique où il écrira son recueil Souvenirs de la maison des fous publié en 1946. Un long poème dans lequel il dresse le portrait de sept malades dont il a partagé le quotidien et dont il est devenu le confident bienveillant. Mais de lui, de ce qu’il vit, poète clandestin, caché parmi les fous pour survivre, nous ne savons rien, ou si peu. Quels frottements entre création poétique, lutte anti-nazie et maladie psychiatrique ? C’est sur ces points de jonction, ces failles et ces frontières floues que Didier Daeninckx brode son intrigue. Il nous fait entrer à l’intérieur de l’asile aux côtés d’une jeune résistante, encore anonyme, Denise Glaser. Après guerre, cette jeune femme ne sera plus inconnue, puisqu’elle créera et animera l’émission mythique de l’ORTF, Discorama. Mais pour l’heure elle n’a pas encore été mise à pied pour avoir diffusé Jean Ferrat chantant Nuit et Brouillard, elle sauve des enfants traqués, et se cache elle aussi à Saint-Alban. Le génie inimitable de Didier Daeninckx est de partir d’une anecdote réelle, une information qu’il déniche en orpailleur de la mémoire, et autour de laquelle il tisse sa trame romanesque. Ce lieu, à l’âpreté sauvage et puissante, revit sous sa plume, comme si vous y étiez. Daeninckx nous embarque aux sources de l’art brut et de l’anti-psychiatrie. Quand les fous deviennent les garants de la bonne santé du monde.

Rencontre avec Didier Daeninckx et Bruno DouceyRencontre avec Didier Daeninckx et Bruno Doucey

"Le carnet retrouvé de Monsieur Max" Bruno Doucey

Une rencontre bouleversante avec monsieur Max pour faire revivre Max Jacob. Un roman poignant, drôle et féroce avec en toile de fond les persécutions antisémites. Le 4e roman de Bruno Doucey consacré aux poètes assassinés.

L’HISTOIRE 

1943 : Saint-Benoît-sur-Loire. Dans une chambre, un vieux poète juif attend qu’on vienne le chercher. Anticipant son arrestation, Max Jacob noircit les pages d’un petit carnet, racontant avec un humour féroce la folie qui s’est emparée du monde, son inquiétude pour sa soeur déjà déportée, ses angoisses, ses rêves et ses colères. Ce carnet ne le quitte pas en prison et l’accompagne jusqu’à ses dernières heures à Drancy. Il y consigne l’horreur mais aussi l’humanité des rencontres au camp. C’est en poète qu’il vit chaque instant et nous donne à voir un univers où la folie s’est emparée des hommes. Un univers où la poésie se transmet comme seule étincelle de vie contre la barbarie. Ce faux journal résonne avec une justesse bouleversante et nous tient en haleine de bout en bout.

L’AUTEUR 

Poète, éditeur de poètes, Bruno Doucey voue régulièrement sa plume au destin des poètes qu’on assassine. Il consacre d’abord un roman au chanteur chilien Victor Jara, tué par les sbires du général Pinochet (Victor Jara, Non à la dictature, collection Ceux qui ont dit non - Actes Sud Junior), puis à Federico Garcia Lorca, tombé sous les balles franquistes (Federico Garcia Lorca, Non au franquisme, collection Ceux qui ont dit non - Actes Sud Junior). En 2014, il redonne vie à la jeune résistante juive allemande Marianne Cohn, assassinée par les nazis (Si tu parles, Marianne, Éditions Elytis, 2014). Le voici aujourd’hui qui s’introduit dans les pensées et le quotidien de Max Jacob, en une identification plus vraie que nature. 

EXTRAIT

"• Hypothèse n°1 : on ne me tolère ce carnet que parce qu’il est jaune. Si le tissu vient à manquer pour l’étiquette, on pourra toujours y découper des étoiles et les coller sur la poitrine des Juifs que l’on amène ici.

• Hypothèse n°2 : les Allemands ont un goût très prononcé pour l’humour jaune.

- En connaissez-vous la raison, mademoiselle ?

- Pas le moins du monde.

- Regardez autour de vous, réfléchissez.

- Je sais ce qu’est l’humour noir, monsieur Jacob, mais l’humour jaune, non, vraiment, je ne vois pas.

- Eh bien, les SS n’aiment-ils pas voir les Juifs se faire de la bile ? Si mon carnet était rouge, on me l’aurait déjà confisqué. 

• Hypothèse 3 : Un vieux poète griffonne dans son coin. Et alors ? Empêche-t-on le phtisique de tousser ? Le galeux de se gratter ? L’aveugle de rester dans le noir ? Pour l’heure, les gendarmes ont bien d’autres chats à fouetter. Mais quand viendra mon tour, on m’arrachera ce carnet des mains et on le jettera dans la première poubelle venue."  

LE MOT DE L’ÉDITRICE

Nul besoin de connaître déjà le poète pour plonger dans ce roman. Son chuchotis intime happe le lecteur dès les premières pages. « Je suis mourant. N’ai donc pas dit mon dernier mot », peut-on lire dans ce faux journal aux accents saisissants. De remarques grinçantes en prémonitions, de désespoir en colères, entre les rêves du petit jour et les angoisses du soir, Bruno Doucey sait nous faire entrer au coeur de l’intimité d’un homme rattrapé par l’Histoire. Son imagination court comme un cheval fou sur les pages blanches de cette histoire. Pour combler un vide, à défaut d’une absence. Voilà pourquoi ce journal, qui met à nu un poète face à l’intolérable, nous rejoint dans l’universel et bouleversera chaque lecteur. Bruno Doucey, qui redonne vie pour la 4ème fois à un poète assassiné, nous offre en conteur une émouvante galerie de personnages : Mme Persillard, l’inénarrable logeuse ; Myrté Léa, la soeur aux griffes des bourreaux; Simon, l’adolescent que Max va « adopter » et charger de transmettre… Et si la réalité brutale du camp de La Muette prend à la gorge, vous n’êtes pas prêts d’oublier le moment où monsieur Max fait chanter en choeur La Vie parisienne aux prisonniers entassés avec lui dans sa cellule, avant d’aller rejoindre Drancy, qu’il a rebaptisé « le château de la Baronne ». L’opérette triomphe sur la barbarie, l’amour sur la mort, et la victoire revient à la fraternité humaine et poétique.

 

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