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A propos de la Fête de la librairie indépendante

Publié le par Les amis du Chant de la terre

 

Extrait du dossier de presse de Marie-Rose Guarniéri – Association Verbes

« Depuis treize ans l’association VERBES a insufflé avec un succès désormais incontournable un mouvement de terrain national très exigeant : La Fête de la Librairie par les libraires indépendants, version française de la Sant Jordi catalane, dans le cadre de la journée mondiale du Livre et du droit d’auteur. Une manifestation qui rassemble plus de 450 libraires indépendants en France et en Belgique francophone, rivalisant de créativité dans l’organisation d’événements littéraires et la redéfinition de leur combat complexe pour protéger la diversité éditoriale, le droit des auteurs et les livres de papier.

 

Réinterprétant librement et depuis treize ans la tradition catalane de la Sant Jordi, les libraires offrent ce jour-là à leurs clients une rose et un livre transmettant ainsi toutes les valeurs de leur métier, aujourd’hui souvent attaquées. Dans chaque ville, pour chaque lecteur, chacun invente selon son point de vente, son savoir-faire, ses goûts culturels, des actions qui donnent à la Librairie sur tout le territoire français ou belge, une visibilité et une unité militante.

Sachez qu’à partir de ce livre fédérateur, "Une saison en librairie", édité par notre association VERBES (en partenariat avec Actes Sud, Thierry Magnier, Flammarion, Le CNL, Le Conseil régional d’Ile-de-France, Livres Hebdo et Arctic Paper), et d’un cahier des charges commun, cette fête parvient, chaque année, à réunir de façon non institutionnelle et mosaïque des librairies très différentes : leur parti-pris est de valoriser auprès du public une littérature en dehors des dix meilleures ventes, demandant des compétences et du temps pour la faire connaître. 

 

Ce livre sera comme une rose des vents, une boussole nous réindiquant le chemin de la littérature et par là même le chemin de la librairie.

Nous désirons, à travers lui, vous dire encore que le lieu de la librairie est unique dans les villes pour vivifier, contenir et vous faire parvenir la profusion de la création littéraire.

Pourquoi nous différencions-nous de la vente en ligne ? Parce que les ouvrages que nous mettons à votre disposition, et que nous choisissons de garder dans notre fonds, ne sont pas là seulement pour décorer ou répondre efficacement aux seules lois de l’offre et de la demande... Leur présence a un sens et pas qu’un seul. Parfois, ils correspondent à des souvenirs de lecture déchirants, parfois ils sont emblématiques de la mémoire de notre patrimoine. Parfois encore d’un territoire, d’un domaine de langue, d’une discipline ou de l’histoire d’un catalogue et de son éditeur.

Parfois, ils font partie de l’histoire de la librairie, parfois l’auteur est notre voisin, parfois ils reflètent le goût du libraire et son engagement farouche. Parfois aussi, perdurent sur nos étagères des livres étonnants qui se dérobent, se cachent, résistent à notre volonté raisonnable de gestionnaire. Heureusement qu’ils nous échappent, d’ailleurs, c’est le côté boiteux et périlleux de notre métier.

Devant l’infini vertigineux et atone des sites de vente en ligne qui vous offrent tout et démultiplient performances et services, nous assumons encore fièrement une idée lente et artisanale de notre métier. Pour nous, le cerveau d’un lecteur n’est pas une oie qu’on gave : nous ne voulons pas massifier la lecture et la création en vous faisant surfer sur une mare indifférenciée.

Une librairie, c’est aussi des oublis, des trous qui ne nous font pas peur car constamment corrigés par un va-et-vient entre l’offre des éditeurs, vos demandes et notre recherche.

 

Pour le dire autrement, l’ensemble des livres qui tapissent les murs de nos librairies constitue une peau vivante, réactive, autoportrait et champ d’exploration du libraire. On peut le vérifier à l’occasion d’un changement de libraire : le paysage, la configuration des livres proposés se modifient. Les libraires qui travaillent et les clients qui nous fréquentent influent sur l’offre. Et le meilleur et le plus beau moyen de transmettre un livre, c’est toujours d’une personne à une autre personne.

Mais ces lieux qui vous sont si familiers et les valeurs qui y sont défendues connaissent aujourd’hui de terribles turbulences. Sans jouer les Cassandre, nous aimerions vous faire entendre l’actualité de ce malaise qui règne dans la chaîne du livre.

Nous partons de ce constat : si de nombreux lecteurs désertent, si certaines librairies périclitent, si certains catalogues de l’édition de création souffrent, cela est bien sûr dû à de nombreux facteurs. Mais ce qui nous préoccupe le plus, c’est que l’idée même de littérature a été dénaturée par le marketing culturel et le déferlement de ses produits. Ceux-ci ont tellement envahi tous les espaces qu’ils ont fini par épuiser ceux-là même qui les consommaient et par ensevelir les écrivains.

Ne se débarrasse-t-on pas trop souvent de l’art, aujourd’hui, dans ce qu’il a de difficile et de non identifiable par le marché ?


Il est urgent, selon nous, de remettre les auteurs au cœur des maisons d’édition et des projets. Car ce système, qui nous a enrichis facilement et divertis à court terme, nous précipite dans un gouffre. Et pourtant ! Je l’affirme, chaque lecteur qui achète un livre a toujours l’espoir de sortir de ses sillons et d’être percuté par ce qu’il ne connaît pas...

C’est ainsi que nous aimerions, à travers Une saison en librairie, poser un acte de plus et redéfinir grâce à la littérature les axes majeurs qui donnent consistance à la librairie. Pour nous, il y a les œuvres qui se contentent de combler les lecteurs, et les autres, qui ouvrent des manques...

Nous vous en proposons donc douze extraits d’œuvres qui sont toujours dans les fonts baptismaux de la librairie.

Elles en constituent les murs porteurs.

Vous pouvez le vérifier, elles sont sur les étagères de toutes les librairies, perpétuellement lues :

 "En attendant Godot", Beckett

"Un barrage contre le pacifique", Marguerite Duras

"La peau de chagrin", Balzac

"L'Ecume des jours", Boris Vian

"Les Fleurs du mal", Baudelaire

"Le Rouge et le Noir", Stendhal

"L'Etranger", Albert Camus

"Un amour de Swann", Proust

"Journal du voleur", Jean Genet

"Madame Bovary", Flaubert

"Une saison en enfer", Rimbaud

"Voyage au bout de la nuit", Céline

 

Jamais ces œuvres-là ne tariront.
Elles transforment le présent en éternité et nous font aller toujours plus loin.
Elles échappent à leur temps, à leur pays, à leurs auteurs même.
Avec elles, le lecteur tisse un roman sous le roman.
Douze extraits d’œuvres correspondant à chaque mois de l’année, comme un merveilleux bréviaire ou un agenda perpétuel conviant les cinq sens des lecteurs à les goûter de nouveau...
 Douze œuvres pour aiguiser l’appétit pour ce qui s’Ecrit.
Douze œuvres pour retrouver le pli de rendez-vous avec l’Art.
Ce sont ces livres-là que l’on appelle des livres de fond en librairie. Des livres « premiers », fondateurs. Et pour nous, praticiens, c’est à partir d’eux que, toujours, tout recommence. Forgeant quotidiennement notre oreille littéraire, ils nous permettent d’accueillir de nouvelles tonalités et nous donnent le la. Ils éduquent notre goût, nous inscrivent dans une filiation.

Notre livre aurait pu s’appeler aussi « Une année en librairie » puisque, comme avec une lanterne magique, nous affilions de janvier à décembre chaque œuvre à un mois de l’année.

En outre, dans ces villes et campagnes qui tendent à s’uniformiser d’un point de vue économique et culturel, il est essentiel aussi pour nous de transmettre une certaine poétique de la littérature. Notre temps ne dérive-t-il pas dans un mouvement aberrant et inhumain ?

Nous espérons que ce livre, emblème du combat qui nous rassemble ce jour-là, suscitera chez vous non seulement le plaisir de recevoir cette création mais aussi et surtout le désir de le défendre avec nous.

Notre livre voudrait répandre sur tout le territoire un antidote.
Tous les jours, en librairie, nous l’expérimentons !
Voilà pourquoi, il est si important de faire ressentir combien la littérature peut être une étonnante « entreprise de santé » !