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ESTAMPES ET GRAVURES, quelques explications de Jacques Diezi

Publié le par Les amis du Chant de la terre

P1010426.jpgEstampes et gravure :

quelques définitions et principes de base


Une estampe peut être définie, de manière très simple, comme une image imprimée à partir d’un support (bois, métal, pierre,…) préalablement gravé ou traité de manière à garder la trace d’un dessin appliqué en surface, support qui, sous l’effet d’une pression plus ou moins forte, va permettre le transfert sur le papier de l’encre dont il a été chargé.

Les techniques de gravure proprement dites n’incluent en principe pas les procédés dits « à plat », tels que par exemple la lithographie ou la sérigraphie, qui ne sont pas discutés ci-après. Les procédés de gravure en tant que tels sont classés en deux catégories :

 

1. La gravure en relief, où les parties du support non destinées à être encrées et donc ne devant pas apparaître sur l’image imprimée sont creusées dans le support par le graveur, à l’aide d’un outil tel qu'une gouge. La gravure sur bois (xylogravure) ou sur linoléum (linogravure) sont des exemples de cette technique, appelée aussi « taille d’épargne » puisque seules les parties « épargnées » par la gouge du graveur, en surface, vont apparaître sur l’image après encrage.

 

2. La gravure en creux, ou « taille douce ». Le graveur, dans ce cas, va marquer le matériau (généralement des métaux tels que cuivre ou zinc) par des tailles plus ou moins profondes, destinées à recevoir l’encre et donc à apparaître sur l’image finale, la surface du métal avant impression étant essentiellement nettoyée de l’encre appliquée.

 

Les tailles dans le métal dans la gravure en creux sont obtenues par deux moyens principalement :

  • Procédés « physiques » ou « directs », ou « froids » : ils sont illustrés par les gravures faites au burin ou à la « pointe sèche », le métal est donc marqué à l’aide d’outils résistants et affûtés tels que burins, pointes d’acier ou de diamant, grattoirs, etc. Il existe divers types de burins, permettant d’inciser plus ou moins profondément le métal. Le fragment de métal soulevé par l’incision est généralement éliminé de la plaque. Dans la technique de la pointe sèche, la pointe d’acier ou de diamant permet de « dessiner » sur la plaque comme à l’aide d’un crayon. Les fragments de métal ainsi soulevés (les « barbes ») sont souvent laissées en place, et donnent, après encrage et tirage, un aspect flou et velouté, généralement recherché, aux lignes du dessin. D’autres outils (échoppes, pointes de carbure,…) peuvent être utilisés aussi dans les procédés « directs ».

 

  • Procédés « chimiques », ou « indirects » ou « chauds » : les entailles dans le métal se font à l’aide de « mordants » chimiques, tels l’acide nitrique ou le perchlorure de fer. Le principe est de recouvrir initialement la plaque d’une mince couche de vernis, d’une certaine transparence. Après séchage, le motif est dessiné sur la plaque, généralement à l’aide d’une pointe métallique, permettant de mettre à nu le métal le long du tracé de la pointe. La plaque ainsi travaillée est placée dans un « mordant » pour des durées variant de quelques minutes à quelques heures, selon la profondeur de la gravure que l’on souhaite obtenir. La plaque est ensuite lavée, débarrassée de son vernis, et laisse apparaître les incisions dans le métal. Après encrage et passage sous la presse avec une très forte pression, le premier résultat du travail peut être jugé par l’artiste. Les plaques peuvent être revernies et regravées à plusieurs reprises selon le résultat souhaité.

 

A ces principales techniques de base, s’ajoutent nombre d’autres procédés fréquemment utilisés par les artistes. Quelques exemples sont décrits ci-dessous.

 

Manière noire (« mezzotinto ») : à l’aide d’un « berceau », outil d’acier doté d’un manche, d’une forme arrondie et garni de nombreuses petites dents, on créé, par un mouvement de balancier fréquemment répété, une multitude de petites incisions dans la plaque de cuivre. A la fin de ce traitement, si la surface est encrée et l’épreuve passée à la presse, il apparaîtra sur le papier une surface uniformément noire (ou de couleur de l’encre choisie), et veloutée. Pour créer des images, le graveur utilise des outils (brunissoirs) permettant de réduire ou supprimer une partie des petites incisions faites préalablement, et donc de faire apparaître des zones peu ou pas encrées, claires au tirage. Cette technique est quasiment unique dans sa capacité à faire apparaître des effets d’ombres et de lumière.

 

- Aquatinte : le principe a quelque analogie avec la manière noire, mais en recourant à un procédé chimique. La plaque est recouverte d’une fine couche de poudre de colophane (résine de térébenthine), et brièvement chauffée de manière à faire fondre les grains de colophane qui adhérent ainsi à la plaque. Celle-ci est ensuite placée dans un bain de mordant, qui va attaquer le métal dans tous les interstices entre les grains attachés au métal, tandis que ces derniers protègent le métal. Après un temps variant entre quelques minutes et quelques dizaines de minutes, la plaque est nettoyée, faisant apparaître une surface constellée de petits « trous » qui, à l’encrage, retiendront l’encre et permettront d’obtenir une surface uniformément noire (selon l’encre), avec un aspect cependant moins égal et moins velouté qu’avec la manière noire. L’aquatinte constitue une technique fondamentale en gravure pour toute œuvre voulant exprimer des valeurs (plages de tonalités plus ou moins claires ou foncées).

L’aquatinte est souvent utilisée dans le procédé dit « au sucre ». Une solution aqueuse très concentrée en sucre est utilisée pour dessiner sur une plaque de cuivre, à l’aide d’un pinceau, le motif à graver. Après séchage, la plaque est recouverte d’un vernis dilué, puis après séchage est mis dans un bain d’eau chaude. Le vernis n’étant pas totalement imperméable à l’eau, celle ci va être osmotiquement « attirée », à travers le vernis, par la couche de sucre qui, en gonflant, fait se détacher le vernis et apparaître le cuivre nu, aux endroits précis du dessin initial. La plaque est ensuite « grainée » par la colophane, et traitée comme pour l’aquatinte.

 

- Gravure au vernis mou : la plaque est enduite d’un vernis riche en cire et donc mou et collant. Une feuille de papier est déposée sur la plaque, et le graveur dessine au crayon, sur la feuille, le motif souhaité. La feuille est ensuite délicatement retirée, laissant apparaître le dessin sur la plaque, là où la pression du crayon a fait adhérer le vernis au papier et a donc dénudé le métal. La plaque est ensuite placée dans un mordant, pas trop violent, et le tirage se fait comme mentionné plus haut. Cette technique permet d’obtenir par un procédé de gravure une remarquable similitude avec le dessin au crayon.

 

- Gravure au carborundum : cette technique fut « inventée » et décrite par Henri Goetz, dans les années 1960. Le principe est de dessiner au pinceau, sur une plaque (de métal ou de plastique) un motif à l’aide d’un mélange de résine/colle liquide et de poudre de carbure de silicium, de granulométrie variable. Après séchage de la colle, le motif est très fermement fixé sur la plaque, et peut être encré et tiré à la presse. J. Miro a été l’un des premiers, après Goetz lui-même, à utiliser cette technique avec une grande virtuosité.

 

Il est également possible de graver et traiter en surface d’autres matériaux que les métaux classiques. Divers matériaux plastiques, ainsi que le carton fort peuvent fournir des supports intéressants à traiter. L’utilisation de cutters, pointes diverses, roulettes, mais aussi de colle blanche, de gesso ou de peinture acrylique permet d’apporter, par des encrages adaptés, de nombreuses nuances et motifs à la surface de ces matériaux, techniques regroupées sous le nom de « collagraphie ». La résistance de ces matériaux à la pression est évidemment bien moindre que celle des métaux, et le nombre de tirages possibles est très limité.

J. Diezi, mai 2013